Discours du président du CNPS sur le burn out des professionnels de santé

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Discours du président du CNPS sur le burn out des professionnels de santé

Message par Admin le Ven 26 Fév 2016 - 9:59

Colloque « soigner les professionnels de santé vulnérables »

Discours de

Philippe GAERTNER, Président du CNPS




Mesdames, Messieurs,

Cher Pierre CARAYON,

Aujourd’hui, l'épuisement professionnel, le stress, le burn-out et le suicide ne sont plus un tabou dans le monde du travail. Ces phénomènes sont même mesurés. Une étude menée par le cabinet Technologia, spécialisé dans la souffrance au travail, a estimé à 12,6% la part de la population active française présentant un risque élevé de burn-out. La récente loi sur le dialogue social a ouvert la voie à une meilleure reconnaissance des pathologies psychiques au titre des maladies professionnelles, mais sans, pour autant, reconnaître expressément le burn-out, sur lequel un rapport doit être remis avant le 1er juin 2016.

Si ce sujet, grave, est identifié chez les salariés, en revanche, il l’est beaucoup moins chez les soignants. Notre société a encore des difficultés à concevoir que les professionnels de santé, dont le courage, le dévouement et l’engagement sont reconnus et loués, soient également concernés et probablement plus que le reste de la population.

Il faut sortir cette question du silence, mettre en place des réponses et concevoir une stratégie de prévention.

Je m’exprimerai, pour les professionnels libéraux de santé. Je rappelle que le CNPS fédère une trentaine de syndicats représentatifs des quelques 450 000 Libéraux de santé. Dans notre secteur, l’épuisement professionnel est une réalité. La responsabilité personnelle de chacun est directement engagée, les contraintes sociales et matérielles se multiplient et le temps passé aux tâches administratives, plus nombreuses, plus complexes et jamais rémunérées, s’accroît. A cela s’ajoute la montée de l'incivilité des patients. Ce sont les rendez-vous non honorés, les menaces verbales et parfois physiques. Il y a aussi des agressions physiques, des braquages. Dans certains quartiers, il est devenu compliqué d’exercer et d’ailleurs les maisons médicales de garde y sont sous surveillance, et pour ce qui concerne ma profession, les officines recourent aux services de vigiles.

Une récente étude, menée par l'Observatoire national de la santé des chirurgiens-dentistes -mis en œuvre par la CNSD, une des organisations membres du CNPS- montre que 48 % des chirurgiens-dentistes sont concernés par l'épuisement professionnel.

Face à ce constat, il était naturel que le CNPS s'associe à la manifestation qui est organisée aujourd'hui, pour rappeler que ce risque fait, malheureusement, partie de notre réalité quotidienne.

*****

Si les professionnels de santé prennent soin de la population, qui prend soin d’eux ? Trop souvent, les professionnels de santé libéraux traitent par le mépris les signaux précurseurs de l’épuisement professionnel menant au burn-out. Trop souvent, ils poursuivent leur activité malgré tout. Certains outrepassent les limites conduisant parfois, malheureusement à des situations extrêmes, et au suicide.

Il nous faut donc réagir collectivement.

Tout d’abord, et c’est ce que nous faisons aujourd’hui, il faut mettre ce sujet sur la place publique, en parler. Ensuite nous devons mettre en œuvre à la fois les outils de prévention, les systèmes de prise en charge spécifiques et donner une reconnaissance à ce qui doit être considéré comme un risque professionnel.

Sur les outils de prévention, je voudrais saluer le travail qui a été réalisé par certaines organisations membres du CNPS, avec l’appui d’une grande mutuelle des professionnels de santé, qui ont créé des lignes d'écoute permettant aux professionnels de parler de leur souffrance et de recevoir un soutien psychologique. Rompre l’isolement du professionnel de santé en difficulté est une nécessité et il est utile, de mon point de vue, de généraliser ces dispositifs d’écoute.

Au-delà de la prévention, il est urgent de mettre en place une prise en charge des professionnels de santé et de leurs familles. Sur ce sujet, tout reste à construire.

Pour des raisons, que chacun comprendra, il n'est pas envisageable que les professionnels de santé puissent être soignés dans les mêmes structures que leurs patients. Le développement de structures spécifiques est nécessaire pour permettre aux professionnels fragilisés de pouvoir se retrouver et de se reconstruire ensemble. De telles structures existent déjà pour d’autres secteurs, par exemple, les enseignants ou les membres des forces de l’ordre.

Les Pouvoirs publics doivent contribuer à la mise en œuvre de ces solutions.

Concernant l'insécurité, nous avions en 2010 mis en œuvre un plan d’action conjoint entre le CNPS, les Ordres, d’une part, et d’autre part les ministères de la Santé, de l’Intérieur et de la Justice. Cinq ans après, il faut évaluer les effets de ce plan et en élaborer un nouveau, sachant que la réponse ne pourra pas se limiter à l’édition d’une nouvelle plaquette !

Concernant la qualité de vie au travail du professionnel libéral de santé, oui, elle peut être améliorée ! Pour cela, l’Etat et les Caisses d’assurance maladie doivent retrouver le chemin de l’Instance de simplification administrative, créée en février 2011. A l’heure de la « Révolution numérique », le travail de simplification des tâches administratives doit reprendre, afin de supprimer ce qui est inutile et de dématérialiser les procédures. Il n’est pas acceptable que les professionnels libéraux rognent sur leur temps personnel, leur temps de repos ou sur le temps médical pour se livrer au traitement de la paperasse des caisses et des complémentaires ! Ce travail représente pour un médecin généraliste au moins une demi-journée par semaine alors que, dans cette profession, moins de 40 % sont épaulés par un secrétariat.

Il y a aussi la pression de la société, qui n’accepte plus le risque médical et rejette l’aléa thérapeutique. La judiciarisation de la santé, et la médiatisation qui l’accompagne, sont une réalité oppressante pour toutes les professions. À cet égard, l’introduction des actions de groupe dans le secteur de la santé, contenue dans la Loi de santé, dont je ne remets pas le bien-fondé en cause, va ajouter une pression supplémentaire. Une réflexion doit être menée à ce sujet.

Enfin, nous vivons désormais dans une société de la communication en temps réel. Les rumeurs, le « bad buzz » se propagent vite et le dégât d’image qu’elles engendrent est lourd de conséquences. Avec l’engouement pour les sites de notation, nous ne sommes pas à l’abri de voir émerger un « trip advisor » dédié aux professionnels de santé. Or vouloir, à travers ce type d’outil, exacerber la concurrence entre professionnels de santé n’est pas sans conséquences, ni sans risques, et en premier lieu, pour les patients.

*****

La bonne santé du professionnel de santé, sa qualité de vie au travail, le bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée sont des défis à relever. Et nous ne devons pas attendre pour le faire. Les nouvelles générations observent notre secteur et n’y viendront, pour prendre la relève, que si elles sont assurées d’y trouver une qualité de vie.

Les Pouvoirs publics, l’Etat, les régimes d’assurance maladie obligatoires et complémentaires doivent s’investir, à nos côtés, sur ces sujets. La prévention et la prise en charge doivent être organisées, une communication spécifique doit être déployée.

L’épuisement professionnel doit devenir un risque professionnel à part entière et, si le burn-out est reconnu en tant que maladie professionnelle, il ne doit pas l’être que pour les seuls salariés. Aussi, le CNPS demandera à être auditionné, dans le cadre du rapport sur ce sujet, qui doit être remis au Gouvernement à la fin du premier semestre.

Naturellement, ces pistes ne sont pas univoques et le travail sur ce sujet doit se poursuivre collectivement et, je le souhaite, avec le soutien des Pouvoirs publics. D’ailleurs, je rencontrerai prochainement le Directeur Général de l’assurance maladie qui souhaite s’associer aux démarches que nous pourrons engager. Il m’a adressé hier un courrier à ce sujet.

Je suis certain que les échanges, au cours de cette journée, seront riches et contribueront à rendre ce sujet plus visible.

Je vous remercie.

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Guillaume
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